LE TOTUS MUNDUS

-2015-

J'ai présenté mon diplôme en scénographie de l'ENSAD avec cette interprétation de la Tempête de Shakespeare, en Novembre 2015.

 

 

Ce projet est la tempête selon le point de vue d’Ariel. 

Sur cette île où règne la magie,  Ariel en est la force exécutive. Serviteur attitré des magiciens de passage, il rend visible au monde la magie de ses maîtres.

Le maître ordonne, Ariel exécute.

Prospéro, son maître du moment est le magicien du Verbe, un magicien de papier.

Le monde auquel appartient Ariel est celui des Esprits. 

Le monde de Prospéro est celui des hommes. 

La confrontation entre ces deux mondes permet à la magie de devenir réalité. Sans quoi, Ariel n’est qu’un Esprit parmi les autres et Prospéro un homme décalé parmi les siens.

L’île est un lieu utopique où ces deux mondes se rencontrent. Je l’imagine comme la terre du spectacle et de la transformation. Ce monde-là, c’est presque un cirque. C’est un monde pailleté, fardé, loufoque, un monde de fantasmes et de jeu. Ce monde c’est un cabaret de monde. Ariel en est le maître de cérémonie, un transformiste amoureux de Dalida. 

Caliban, seul autochtone de l’île et réduit en esclavage par Prospéro, est considéré par les hommes comme un bête de foire, une tortue, une motte de terre, une flaque de nuit qui sent fort la criée. Pour les esprits, c’est un humain. Un peu à part, jamais vraiment assimilé. Il est le concierge de l’île.

Prospéro convoite de mener toute cette troupe surréaliste à la baguette, autant que de leur ressembler. Mais rien à faire. C’est un homme. Sa force est celle de l’organisation et de la planification. Il orchestre les scènes, ordonne les entrées et les sorties à la manière d’un Monsieur loyal un peu débordé, un peu en retard, qui annoncerait les numéros de son propre spectacle. 

Les naufragés sont, quant à eux, une intrusion du quotidien dans cet univers en flottement, très attachés à la norme, à la rationalité, à leurs titres et à leurs petites trahisons. Le roi et sa Cour vont subir la vengeance magique de Prospéro, soumis à des charmes puissants qui les pousseront littéralement hors d’eux mêmes (« out of themselves, when nobody was is own »). 

Sur cette île, ils seront spectateurs d’eux-mêmes plutôt qu’acteurs de leur propre rôle.

Le public prend donc place dans un espace de spectateur de cabaret : fauteuils rouges et moelleux, qui pivotent sur eux mêmes à 360°. Il est le centre de ce monde, qui n’existe que lorsqu’il est observé. Il en fait le tour, en tournant sur lui-même, encerclé par la scène surélevée de l’île. 

Passager théâtral, il observe différents points de vues, s’inscrit physiquement dans la morphologie circulaire de cette terre magique.

Lorsque le spectateur a accompli un tour complet de lui-même, les deux mondes se séparent, l’île s’efface, Ariel redevient un esprit libre, Prospéro redevient duc et embarque pour Milan avec les naufragés. 

 

« Tout se dissipera sans laisser au ciel une seule ride ».

 

 L’île est un cabaret hétérotopique, amené à exister encore après le départ de Prospéro, tout comme elle l’a fait après celui de Sycorax, et comme elle le fera sans aucun doute avec l’arrivée d’un autre magicien exilé. Ariel est le gardien de ce temple. Un serviteur intermittent pour magiciens en déroute. Dépendant d’eux, pour faire vivre ses pouvoirs, mais espérant sans cesse s’en libérer. 

plan de l'implantation, 1:50
Coupe de l'implantation, 1:50
éléments de décors, 1:50
Acte I scène 1, esquisse
Prologue, esquisse
La cabane de Caliban, esquisse
La lisière de la forêt, esquisse
la forêt, esquisse
Ariel en Dalida, esquisse
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